REPERTOIRE DES MONNAIES MEDIEVALES D'ALSACE / 2017

Monnayage impérial, épiscopal, féodal, municipal, obsidional en Alsace
 
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 02. Deniers emboutis (Hohlpfennig) d'Alsace en argent, en creux et à bord relevé. Pourquoi?

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Antédiluvien
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MessageSujet: 02. Deniers emboutis (Hohlpfennig) d'Alsace en argent, en creux et à bord relevé. Pourquoi?   Dim 3 Jan - 20:10

Deniers emboutis (Hohlpfennig) d'Alsace en argent, en creux et à bord relevé

Les deniers creux.
Que ce soient des deniers (Pfennig) bifaces ou unifaces, les deniers étaient frappés au marteau, majoritairement selon une technique de frappe particulière, de production de petites monnaies d’argent à bord relevé! Ce sont des deniers emboutis à bord en assiette nommés deniers creux (Hohlpfennig). Ce procédé rendait impossible le rognage discret du métal pour le récupérer, car l'angle de rognage se voyait alors immédiatement et la monnaie n'était alors plus acceptée.

C'est donc une bonne technique anti-fraude appliquée aux deniers d'argent et une garantie de « bon aloi » pour des monnaies non rognées de poids moyen autour de 0,4 g.
Les deniers émis à Strasbourg au XII et XIIIe S. ont en commun : d’être creux, d’arborer des flancs larges, très souvent bifaces au XIIe S., puis unifaces au XIIIe S., montrant souvent un buste d’évêque au revers, métal argent d’une bonne homogénéité, légèreté avec des poids en baisse variant depuis les premières frappes de 0,49 g. en 1313, jusqu’aux frappes tardives à 0,37 g. en 1490.
Les deniers creux emboutis (Hohlpfennig, Pfennig) ne sont pas des bractéates (Brakteat). Les bractéates en région du Rhin supérieur et dans le Saint-Empire sont des deniers ou demi-deniers emboutis en argent, unifaces, circulaires ou losangiques (Vierzipfeliger) et ont pour caractéristique d’être frappés sur flancs très fins par les ateliers monétaires d’empire, surtout Outre-Rhin.

Les deniers creux emboutis sont des monnaies émises principalement durant la période impériale des empereurs Hohenstaufen au XII, et durant la période du début de l’essor des villes rhénanes au XIIIe S. L’empereur Otton 1er le Grand fonde le Saint-Empire romain germanique en 962, s’appuyant sur l’Eglise d’empire (Reichskirche) en lui confiant des pouvoirs temporels importants. Les évêques sont des soutiens indéfectibles de l’empire dans les duchés, puisque nommés par l’empereur. En 974 l’évêque Archambault (Erkenbald 965-991) obtient de l’empereur Otton II le privilège de rendre la justice et de battre monnaie dans toute l’étendue de l’évêché. En 988 l’empereur Otton III renouvelle ce droit. C’est le début du monnayage épiscopal autonome qui s’établira aussi dans le diocèse de l’évêché (Altorf, Châtenois…). Ultérieurement à compter du XIIIe S., les monnaies furent frappées par les comtés, villes, abbayes ayant obtenus des droits impériaux de battre monnaie sous tutelle de la diète impériale et sous surveillance de la puissante corporation des Monnayeurs qui dotée du monopole de la frappe, en tirait des revenus substantiels. Les deniers sont donc d’abord frappés par les évêchés du X au XIIe S., puis par les villes, après une transition sous tutelle épiscopale début XIIIe S. et après leur émancipation de l’évêché au XIII-XVIe S.

Le commerce des deniers de poids illégal et rognés étaient interdit sous peine de fortes amendes dissuasives en la ville de Strasbourg. Les personnes surprises à racler et rogner des monnaies pour trafiquer l'argent ou confectionner des fausses monnaies encouraient de passer devant le tribunal du maître, gardien et des jurés de la Monnaie, choisis parmi les patriciens membres de la puissante corporation des Monnayeurs (Hausgenossen). Les faux monnayeurs y étaient condamnés pour « crime contre la ville » et il leur était réservé le supplice de la main tranchée! Le conseil de Strasbourg, le maître des monnaies (Münzmeister) et la corporation des monnayeurs étaient étroitement impliqués dans les affaires financières de la ville et y veillaient!

La fabrication du denier
On réduisait l'épaisseur de la plaque rectangulaire d’argent qui servait à produire des flancs jusqu’à l’épaisseur voulue. Venait ensuite la phase de découpage aux ciseaux et martelage ajustage des flans. Les deux coins monétaires cylindriques (frappe bifaciale) ou un coin unique (frappe unifaciale) en métal portaient les gravures en creux qui étaient reproduites sur la pièce. Une rondelle d’argent (le flan) était posée sur l'un des coins fixés dans un billot de bois. Le second coin, tenu à la main, était placé sur le flan puis frappé à l'aide du marteau. La pièce était ainsi gravée avers et revers et emboutie en forme de « bol ».

Ce traitement ingénieux d'emboutissage des petites monnaies unitaires en argent caractérise particulièrement les deniers régionaux d'Alsace durant toute la période des Empereurs de la dynastie des Hohenstaufen, à compter de 1138 et entre 1254-1270.  

La conception était faite par l'école de gravure de l'atelier épiscopal de Strasbourg. Les maitres et ouvriers graveurs des ateliers monétaires travaillaient sous le sceau du secret vu les enjeux: on changeait assez souvent les gravures vu les contrefaçons courantes... Les contrefaçons étaient interdites d'introduction dans la zone du denier de Strasbourg sous peine de poursuites pour recèle et très fortes amendes au mieux pour ceux qui en faisaient usage, et condamnations à mort pour les faussaires. La nature des gravures devait rester secrète jusqu'à mise en circulation des deniers. Les poinçons restaient propriété stricte de l'évêché ou des maitres des monnaies pour les villes, afin d'éviter des vols ou fabrications non-contrôlées et illégales, et le plus souvent systématiquement détruits quand on changeait les gravures, avec procès verbaux en due forme (d'ou leur rareté).



Photographies obliques montrant la courbure des deniers. « Engeler », denier à l’ange crucigère frappé entre 1296 et 1334 ; « Gilger », deniers au lis frappés entre 1334 et 1393. Style roman et gothique à crosse. « Adlerpfennig », denier à l’aigle impériale éployée,  dans un cercle en relief frappé entre 1309 et 1316 par la municipalité de Strasbourg à l’atelier impérial d’Offenbourg (Bade), par contrat.

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en laquelle nous estimons qu’exceller est une belle chose." Cicéron.

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