REPERTOIRE DES MONNAIES MEDIEVALES D'ALSACE / 2017

Monnayage impérial, épiscopal, féodal, municipal, obsidional en Alsace
 
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 01. Décri des monnaies de billon. Parlement de Franche-Comté bourguignone, Dôle, avril 1622

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Antédiluvien
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MessageSujet: 01. Décri des monnaies de billon. Parlement de Franche-Comté bourguignone, Dôle, avril 1622   Lun 19 Sep - 19:50

Crises monétaires, inflations, crises de subsistance au début du XVII siècle à Dôle

Sur la base du texte suivant que peut on en dire?

Décri des monnaies de billon. Parlement de Franche-Comté bourguignone, Dôle, avril 1622

« Le premier jour du mois d'apvril de l'an mil six cens vingt et deux, il fust un bruict que l'on avoit faict un esdict pour le descriement des mounoies, pour ce que l'or estoit excessivement cher, les pistoles estant à douze frans, les ducatons à quatre frans neuf gros, les quarts d'escu à quinze gros, et conséquemment les aultres mounoyes. Les Allemans nous avoient tant farci de liards et lucernes, que ce n'estoit aultre chose. Le peuple sachant cela, encor que l'esdict ne fust pas publié, l'on serre les tavernes et les boulangers le pain, que l'on ne pouvoit trouver ny pain ni vin à vendre ; et cela donna une telle horreur, que le peuple eust mouru de faim. Voyant cela et le murmure de tous les habitans de toutes les villes, l'on a recouru à la Cour. La Cour, sur ces plaintes, a ordonné, à peine de vingt livres, avoir à prendre les lucernes et liards jusques aultrement soit dict ; et fust publié à son de trompette par les carrefours de la ville de Poligny, le second jour dudict mois. Et puis messieurs de la ville firent taxe de la livre de pain blanc à cinq blans et celle de froment à quatre blans, à celle fin que le pauvre peuple fust rassasié. Mais l'édit ne dura que depuis le sambedy jusques au diemanche ; encore ne vouloit on plus desdittes mounoyes, parce que l'édit de nostre princesse arriva à Dole ; sitôt arrivé sitôt publié, en la manière que s'ensuit, et le faire observer ponctuellement, à peine de lèze majesté, Le diemanche, troizième jour dudict mois, l'on publia l'édit de part le Roy, les pistoles à huict frans, les ducatons à trois frans quatre gros, les quards d'escu à dix gros et demy, et toutes les aultres mounoyes pareillement, tant d'or que d'argent, et pour le regard des aultres mounoyes estrangères, comme lucernes, liards, testons de huict gros et aultres, seront pourtées [au] billon, leur ordonnant d'autre monoye au poix qui a esté dict, affin de oster toutes ces mounoyes de Allemagne et aultres, affin que l'on n'en soit plus trompé, car il y en avoit des fausses. Après l'édit du Roy estant esté publié, messieurs de la ville en firent un aultre, et mirent les lucernes à quatre niquets et les liards à un blanc, et pour s'en défaire l'on les portera au billon, selon l'édit, à Dole et non en aultre lieu, à peine de la hart, et choisirat on un homme ou deux pour les prendre au poix, en leur donnant de la mounoye nouvelle, et pour s'en défaire l'on a donné douze jours de terme. Et pour le regard des boulangiers, l'on leur a taxé le pain blanc à quatre blans la livre et le pain de froment à huict niquets. Et en peu de temps le refus des mounoies pourtoit plus de pertes que l'armée du roy de France n'a faict, car ç’a esté une cause de famine et sera, et les marchans qui souloient aller au marché n'y vont plus, à cause de ces nouvelles ».

Le parlement de Dôle fit interdire début XVII l'utilisation de nombreuses monnaies de billons par édits au prétexte qu'elles n'étaient pas de bon aloi. En effet il défendit « d'apporter, d'envoyer, d'employer au comté ces monnaies ».
Les raisons principales de ces décisions sont liées aux dérèglements monétaires de cette période trouble des premières décennies du XVII siècle et de la forte inflation monétaire qui régnait alors.
Les monnaies franc-comtoises d'empire étaient liées aux émissions du Saint-Empire romain germanique qui subit une grave crise inflationniste des valeurs des monnaies appelée la "Kipperzeit / Wipperzeit", littéralement "le temps des rongeurs d'argent" dans les états rhénans et alpins du Saint-Empire.
Une production de petites monnaies de billons (âme de cuivre recouverte d'argent) en quantité nombreuse et de mauvais aloi de plus en plus dépréciées et rognées inonda les marchés. Les spéculateurs refusèrent de négocier ces mauvaises monnaies au cours moyen des édits ce qui renforça encore l'inflation monétaire galopante et annonça la crise de 1621. Une utilisation accrue de ces espèces monétaires médiocres en période de troubles et guerres nombreuses et de récoltes mauvaises (le prix du blé fut multiplié par 3 en 1622) induisit un régime de pénurie. Les prix de l'or et de l'argent et des marchandises s'envolèrent!
L'usage de ces billons augmenta sur les marchés alors que les monnaies d'or et d'argent (grosses espèces) elles même rognées, se raréfiaient et se vendirent de plus en plus cher. Les billons étrangers inondèrent le marché malgré les édits prohibitifs du parlement impérial de Dôle.
Ces monnaies d'empire étaient de diverses provenances : Kreuzer montbéliardais, Batz allemands et Kreuzer alsaciens, billons de Lucerne et testons suisses, carolus bisontais qui s'échangeaient sur les marchés malgré les édits d'interdits monétaires visant à réduire ces espèces monétaires.
La cause de cette inflation est connue: l'augmentation du prix de l'or et des métaux précieux dont l'argent engendre une hausse forte du prix des denrées et conséquemment pénuries et disettes...
Face à ces dérèglements le gouvernement comtois pris en 1622 des mesures énergiques visant à stopper cette spirale inflationniste en réévaluant les monnaies (objet de votre texte), afin d'éliminer et remplacer les billons de mauvais aloi.
Ces mesures d'austérité engendrèrent de fait une rareté des petites espèces monétaires et de concert avec de mauvaises récoltes en 1622, une hausse brutale du prix des denrées ce qui occasionna une disette en Comté. Les guerres accentuèrent encore l'inflation par la pression des troupes militaires se servant sur le terrain de concert avec les nombreuses émissions de monnaies nouvelles (moneta nova) remplaçant conjointement les billons incriminés.
Après la crise de subsistance de 1621, les monnaies nouvelles de meilleure qualité donc de meilleur aloi ramenèrent la valeur de ces monnaies à des proportions plus raisonnables (-1/3 en moyenne) et la stabilité fragile qui s'installa jusqu'à la période d'inflation suivante après 1633 avec la Guerre de Dix Ans (1634-1644) en Comté. La Guerre de Trente Ans s'abattit aussi sur ces régions du Rhin et Saône avec ses cortèges de malheurs: batailles, pillages, peste noire... (1618-1648)

Pour les monnaies de Dôle dans le détail voir l'excellent site http://dole-monnaies-jetons.fr
Pour la Guerre de Dix Ans: http://www.frasne.net/histoire/histoire_guerre_dix_ans.htm
Pour la Guerre de Trente Ans: http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_Trente_Ans
Réf. biblio.: Gérard Louis, la Guerre de 10 Ans 1634-1644, Dérèglements monétaires, p. 196.

Armoiries de la ville de Dôle


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en laquelle nous estimons qu’exceller est une belle chose." Cicéron.

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